vendredi 3 septembre 2010

L'enfant de là-bas

Nous avons passé une grosse dizaine de jours en voyage. On devait renouveler nos cartes de résidence et pour cela aller à Cotonou. On avait aussi plusieurs réunions de notre mission auxquelles nous devions assister.
Ces différents voyages nous ont permis de faire quelque chose de très apprécié dans la culture béninoise: c'est faire amai b
є.

Amai bє est une expression monkolée qui peut se traduire par « l'enfant de là-bas ». Cela désigne un cadeau que l'on fait à des amis ou à ses proches en revenant d'un voyage. Traditionnellement, on ramène pour ses amis et sa famille des choses qu'on ne trouve pas au village mais qu'on peut acheter pendant le voyage.
Si on revient de Cotonou on donnera le cadeau au destinataire et on dira amai Cotonou (l'enfant de Cotonou).

Je dois dire que dès le début j'ai trouvé cela très bien (et on nous a fait comme cela des beaux cadeaux) mais j'ai eu du mal à savoir quels cadeaux faire. A présent je comprends mieux que c'est un cadeau qui est destiné à marquer l'occasion ou à rendre service.
De notre expérience, voici quelques exemples:

  • Les ananas achetés dans le Sud du Bénin et que de Parakou à Malanville on apprécie beaucoup car on les trouve plus difficilement et beaucoup plus chers sur les marchés.
  • Les ignames qu'on trouve entre N'Dali et Bembéréké et que les gens de Kandi ou de Cotonou aiment beaucoup. C'est le bon cadeau à faire en ce moment car les premières ignames sont en vente depuis quelques semaines.
  • J'avais aussi découvert qu'un ami appréciait beaucoup recevoir une bougie de bonne qualité car il n'avait pas l'électricité et comme cela, la bougie lui permettait de lire le soir.
  • On nous a aussi offert du lait frais que des femmes Fulani vendaient. Après quelques recherches sur la meilleure façon de le stériliser ça m'a fait un très bon lait au chocolat.

dimanche 8 août 2010

Bus ou taxi?


Entre 2006 (date de mon premier voyage au Bénin) et maintenant les choses ont beaucoup changé.
Un changement notable est le fait que sur les grands axes on voit souvent des bus qui font des liaisons régulières entre les grandes villes.

Quand nous étions à Parakou, j'ai plusieurs fois voyagé entre Parakou et Cotonou avec le bus. En décembre 2009, j'ai compté près de 15 sociétés différentes qui faisaient ce service.

Il y a pas mal d'avantages à ce type de transport:


  • Temps de voyage acceptable: 7 heures s'il n'y avait pas de problème ou de détour (mais j'ai fait le trajet en 5 heures récemment – sans faire de pause c'est vrai!)

  • Horaire de départ régulier: matin et midi en général. L'heure d'arrivée dépendait un peu de la fiabilité de la compagnie.

  • Possibilité de réserver en avance et de modifier son billet: j'avais essayé et ça marchait bien.

  • Prix fixe. A ce propos les prix variaient très fortement entre les sociétés (presque du simple ou double). Ce qui expliquait cela c'était la qualité des bus, le niveau de confort.

  • Conditions de voyage correctes dans le car que je prenais: air conditionné (mais attention réglé sur 20°C donc port du pull impératif), vidéo (mais très très fort ce qui est lassant au bout de 7 heures).

Récemment je devais aller pour des réunions de travail à Parakou. Je savais qu'il y avait des liaisons entre Malanville et Parakou en passant par Kandi. Du coup j'ai tenté le car et ça s'est révélé plus complexe que prévu.


Les cars qui passent à Kandi sont des cars qui font les liaisons Niamey – Cotonou (via Malanville) ou Malanville – Cotonou. Ce que j'ai appris c'est que:


  • les réservations à l'avance – moyen pratique de garantir sa place – ne sont prises que pour les trajets de Kandi à Cotonou

  • pour les trajets plus courts (et donc moins chers), il faut venir une heure avant le passage du car pour savoir s'il y a de la place.

Après pas mal de discussions, le monsieur de la compagnie que j'avais choisi m'orienté vers une autre société (qui a des cars plus petits et moins ''luxueux'') et j'ai pu voyager sans problème.

Du coup, pour le retour j'ai préféré prendre le taxi de brousse. Plus rapide et surtout possibilté de partir de Parakou à 6h20 pour arriver à la maison avant 11h00. Du coup, le taxi se révèle plus fiable que le bus dès qu'on sort des trajets simples.
Et en plus j'ai appris des choses sur l'histoire des monkolés!


PS: et dans les taxis il y a un semblant de prix fixe car sur la planche de bord de celui que j'ai pris au retour, il y avait des tarifs pour les différents trajets.

lundi 2 août 2010

Monkolé?

La semaine dernière je suis allé à Parakou pour des réunions professionnelles. Au retour, pendant que j'étais dans le taxi j'ai suivi une discussion très intéressante sur les Monkolés.

Tout à commencer quand on s'est arrêté pour prendre un vieux monsieur qui commence à me saluer en langue baatonoue. Je réponds « alafia » comme il convient (et là s'arrête ma connaissance du baatonou).
Quand le chauffeur entend cela il me demande si je comprends le baatonou (« non »), le dendi (« non encore »). Du  coup il me demande quelle langue je comprends et là je dis « monkolé » (et peut-être me suis-je un peu trop avancé en disant monkolé mais heureusement il ne m'a pas testé).

Le vieux monsieur se met alors à raconter l'histoire des Monkolés et il a confirmé ce que j'ai entendu de plusieurs sources.
Quand on regarde la carte ethno-linguistique du Bénin, ce qui est intéressant à repérer c'est que le monkolé est apparenté au yoruba mais si les Yorubas se trouvent dans le sud du Bénin principalement, les Monkolés sont regroupés au nord.

En fait, les Yorubas se sont installés dans le sud de (l'actuel) Bénin en provenance de (l'actuel) Nigéria. C'est une des grandes migrations qui a eu lieu autour du 17ème siècle.
Du yoruba sont issues différentes langues dont le nago, l'ife, le idatcha et bien évidemment le monkolé (toutes sont localisées dans le centre ou le sud du pays sauf le monkolé). L'idatcha est parlé dans la région de Dassa et c'est de là que viennent les Monkolés.

A un moment il y a eu une guerre entre deux rois ou deux princes à Dassa. Le plus jeune, pour éviter plus de troubles, a alors quitté la région avec ses partisants et est allé au Nord. Ils se sont installés dans des villages proches de chez nous comme Kandi-fô, Lolo, Saah et les gens ont continué à parler leur langue mais en la faisant évoluer. C'est ce qui a donné la langue monkolée.

Si cette histoire explique pourquoi une langue apparentée au yoruba se parle dans le Nord du Bénin, elle explique aussi le nom de la langue.
En effet, plus tard, quand des émissaires sont allés de Dassa chez les Monkolés pour leur demander de revenir, ces derniers ont dit  « non on a construit » sous entendu, non on ne veut pas revenir. En yoruba cette réponse s'entend 'monkolé'.
Pour preuve de cela, l'expression en monkolé qui désigne le couvreur ou le charpentier est « woo kɔ ile » et à l'écoute on entend [wookole]. 'woo' signifie 'celui-qui', '
' signifie couvrir et 'ile' désigne la maison

Donc les Monkolés qui avaient bati leurs maisons et faits les toitures sont restés sur place.

Voilà un petit aperçu de l'histoire des Monkolés

PS: le  mot 'monkolé' n'existe pas en monkolé. En effet, les gens désignent leur langue par « la langue ». Donc on n'apprend pas le monkolé, on apprend la langue.

PPS: « la langue » est désignée sous plusieurs termes; monkolé, mokolé, mokollé.

mardi 20 juillet 2010

Cotonou

NB: ce post compile des informations glanées au cours de l'année écoulée car j'ai eu plusieurs fois l'occasion d'aller à Cotonou.

Il y a deux semaines je suis allé à Cotonou pour chercher des amis qui travaillent cet été au Bénin.
Une chose qui avait facilité notre installation l'année dernière c'était le fait qu'un collègue vienne nous chercher pour nous amener à Parakou (moins de stress avec les enfants, les bagages, les cars ou les taxis). On a donc pensé que c'était plus facile que j'aille chercher nos amis qui ont deux jeunes enfants avec eux.

J' ai profité de ce voyage pour faire quelques courses. Si la variété de choses que l'on peut acheter à Cotonou est très impressionante, j'ai trouvé tout cela très fatigant. Je n'ai plus l'habitude de devoir choisir entre 5 versions d'un même produit. A Parakou, et à plus forte raison à Kandi, tu prends dans ce qui est présenté!

Alors que trouve-t-on à Cotonou?
On trouve beaucoup de magasins type supermarchés. On a presque l'impression que les supermarchés se spécialisent, Ainsi, il y un Leader Price où on trouve (entre autres) des produits de cette marque, le supermarché du Pont vend principalement les produits français classiques et supermarché Mayfair pour les produits plus britanniques et asiatiques.
C'est d'ailleurs assez amusant de faire ses courses à Mayfair. on a presque l'impression de se retrouver à Tesco ou Sainsbury's (mais en 100 fois moins grand - c'est dur de se croiser dans les quelques allées du magasin). Ainsi on trouve: Shredded wheat, thé PG tips, Bird's Custard, Foxs Creams ginger biscuits, Lyle's Golden Syrup, Marmite, produits Imperial Leather etc. etc. Et à la caisse, il est plus facile de parler avec le patron en anglais qu'en français. Bon, j'aime bien voir les rayons mais on ne prend plus trop ces produits.
En un sens, ces différents magasins montrent que les expatriés viennent de partout et plus seulement de France. Il y a de plus en plus d'asiatiques qui travaillent à Cotonou ce qui diversifie l'offre de produits.

Et puis il y a un hypermarché, Erevan, près de l'aéroport. Là c'est un bon moyen de se repréparer à l'Europe car ça ressemble à un hyper en France.

Enfin, il est aussi possible d'acheter sur les marchés ou aux carrefours et aux feu-rouges. Là on trouve tout (recharges de téléphones, ballons, lunettes de soleil, casque de moto, mouchoirs, couvre-sièges de voiture) à des prix qu'il faut négocier sachant qu'essayer de négocier le prix d'une boite de mouchoirs à un feu rouge dans le centre de Cotonou est un peu sport et demande d'être sourd aux klaxons.

samedi 19 juin 2010

Fieldwork

Several people warned us that at the beginning of rainy season, it wouldn't be possible to carry on our language lessons as usual. Most of the people in the village work in the field and have to prepare their fields.


So, since beginning of June we have stopped our language lessons with the pastor. I've have done some work around the house and listened to recordings in Monkolé. Hilary is busy preparing the next stage of our language learning.


But language and culture learning is also about becoming part of the community and participating in the community. So last Thursday morning we have done something more practical. We have been in the field with the lady who helps with housework. She was planting peanuts and we helped her.


So a couple of pictures to explain:





Planting the seed in a little hole in the soil


Covering the seed with soil
We now just hope that what we've done will succeed!

jeudi 17 juin 2010

Semailles


Tout le monde au village travaille aux champs y compris celles et ceux qui peuvent avoir un autre travail. Du coup, l'arrivée des premières pluies a fait que tout le monde est occupé aux travaux agricoles.

Une des conséquences c'est que les cours de langue sont en stand-by depuis le début du mois de juin. Cependant, l'apprentissage linguistique et culturel c'est plus que les cours, ce sont rencontrer et visiter les personnes et c'est aussi participer à la vie de la communauté.

Ainsi dimanche dernier, j'ai assister à une partie de la cérémonie de libération d'un apprenti. Comme je n'ai pas eu le temps de tout voir je n'en parlerai pas là.

Par contre ce matin, avec Hilary et les garçons nous avons un peu expérimentés un peu les travaux agricoles.
Après des pluies importantes la nuit dernière et ce matin, la dame qui travaille chez nous le matin est venu pour dire qu'elle voulait semer l'arachide dans le champ qu'elle cultive dans notre propriété. Du coup nous sommes allés observer et participer aux semailles d'arachide.

En fait, ce matin c'était la deuxième fois que les semences avaient lieu. Les gens avaient semés il y a quelques jours et ont voyait déjà des petites plantes commencer à pousser. Donc le travail du jour consistait à:


  • Faire des trous dans le sol là où les semences précédentes n'avaient pas germées.

  • Mettre une graine d'arachide dedans.

  • Recouvrir de la terre.
Simon a essayé ainsi qu'Hilary et moi.
C'était une expérience intéressante même si je n'ai planté qu'un bol de graines ce qui représente quelques rangs dans le champ. On a pu voir le travail que cela demande mais aussi ayant planté une partie des graines, il faut voir comment la croissance va se faire.
Reste juste à espérer que nos débuts dans le travail agricole ne vont pas gâcher le travail et que ce qu'on a semé va germer. Réponse dans deux ou trois semaines.

dimanche 13 juin 2010

Visite royale... et stress culturel

Depuis une quinzaine de jours je me dis que je dois écrire un post mais au lieu d'écrire je procrastine.

Cela étant, ce matin nous avons eu une visite de la plus haute importance.
En effet, vers 7h00 alors que j'étais en train de préparer le petit déjeuner, deux hommes m'appellent à la porte de la concession. Je vais ouvrir et reconnais tout de suite que c'est l'un des rois du village qui est là avec un aide.
Je dois dire que si j'ai reconnu l'un des rois c'est à son chapeau. En effet, il porte un chapeau vers l'arrière et on nous a appris que seuls les rois le porte de cette façon.

Je les fais entrer à la maison et les fait asseoir au salon. On parvient à discuter en monkolé, les garçons saluent correctement et font des sourires. Après une dizaine de minutes de discussion, nos visiteurs repartent.

J'ai beaucoup apprécié cette visite et j'espère que ça s'est bien passé. C'est d'ailleurs ce qui m'amène à la seconde partie du titre de ce post.

En effet, dans les minutes qui ont suivi la visite j'ai eu la même réaction qu'après toute discussion ou interaction ici: une impression de stress culturel.
En effet j'ai commencé à réaliser toutes les erreurs que j'ai pu (ou sûrement dû) faire: je n'ai pas fait une vraie genuflexion au moment de saluer, je ne sais plus si j'ai employé le pluriel de respect en parlant au roi, je l'ai fait entrer par la cuisine car la porte principale de la maison était encore bloquée, j'ai donné de l'eau mais ne savais pas si c'est cela qu'il fallait faire etc. ...
Bref, au lieu de me dire que j'ai vu le roi, je stresse!

En résumé et cela caractérise beaucoup de ce qu'on vit en ce moment, même s'il y a des motifs de satisfaction et même si j'ai un peu compris ce dont on a discuté, chaque discussion ou chaque rencontre entraîne son lot de questions ou de doutes, fait réaliser qu'il y a tellement de choses que je ne comprends pas.

Je pense que dès que c'est possible je vais me faire débriefer et expliquer l'étiquette par le pasteur de l'église.