vendredi 9 mars 2012

Trop d'idées ou trop d'ide

Il y a quelques jours j'ai eu cette conversation avec Simon.
Simon Papa, ma tête est trop lourde.
Moi A pourquoi?
Simon J'ai trop d'idées.
Moi Essaie de les sortir. Parle et je t'écoute.
Simon Je peux pas les sortir.

C'est le genre de conversation qu'on peut avoir de temps en temps avec nos garçons.

En réfléchissant à cette discussion, je me suis rendu compte que j'avais peut-être mal interprété. Peut-être le dialogue était-il le suivant:
Simon Papa, ma tête est trop lourde.
Moi A pourquoi?
Simon J'ai trop d'ide.
Moi Essaie de les sortir. Parle et je t'écoute.
Simon Je peux pas les sortir.

La différence entre les deux? Le mot idées ou ide.

ide est un mot monkolé qui peut avoir beaucoup de sens différents. Peut-être que Simon était en train de parler monkolé.
Il est aussi difficile de définir précisement le mot ide. Voici quelques exemples de sens possibles (liste non exhaustive):
  • parole
  • mot
  • phrase
  • concept
  • discussion
  • sujet de discussion
  • affaire
  • ... et peut-être d'autres encore


PS: et comme le monkolé est une langue tonale, il ne faut pas confondre ìde et ìdè le second désignant la maison.

mercredi 22 février 2012

Surprise de saison sèche


Il n'a pas plu ici depuis fin septembre. Tout devient donc sec, les herbes disparaissent, les arbres perdent leur feuilles, tout devient jaune et marron.
Cependant, j'ai eu une belle surprise récemment.
Un des nos arbres a perdu toutes ces feuilles et ça ne m'a pas surpris vu la sécheresse. Mais en deux jours cette semaine
il a gagné de nouvelles feuilles d'un très beau vert.

Super beau!
Et je suis très impressionné par cette verdure au milieu de la sécheresse.

Mise à jour: ce post a été écrit un tout petit peu trop tôt car en début de semaine on a eu deux grosses, deux grosses pluies du genre saison des pluies c'est-à-dire pas du tout normales. En tout cas, un peu de répit avant la chaleur.

PS: la photo (prise avec mon téléphone) ne rend évidemment pas justice aux nouvelles feuilles; désolé.

samedi 18 février 2012

scènes du village


La semaine dernière j'étais invité à une réunion. Comme la réunion a commencé très en retard j'ai pu passer un peu de temps à attendre et à observer ce qui se passe dans le village en début de matinée.
Cela faisait longtemps que je n'ai pas été assis sur le banc à parler (ou dans mon cas surtout à écouter).

Je suis toujours impressionné par le nombre de marchands qui passent dans le village. Certains viennent d'ailleurs de Kandi tous les jours pour venir vendre ici. On les voit le matin marché en direction du village et repartir le soir dans l'autre sens.
J'ai donc pu voir un marchand de parfums qui avait un parfum spécialement fait pour moi (et donc très cher car la peau des blancs vaut cela).

J'ai ensuite vu une femme qui vendait des médicaments. On peut donc acheter des comprimés à l'unité (et la dame donne de l'eau pour qu'on puisse les prendre sur place). De ce que j'ai vu, elle vend surtout des vitamines, des pastilles contre la toux, et des médicaments de base comme paracétamol, anti-parasitaires etc. Elle semblait aussi faire une démonstration de pastilles jaunes.
A ce moment là il s'est passé une chose amusante: j'ai refusé, en essayant d'être poli, les pastilles qu'elle me proposait. Alors elle me montre la boite pour que je lise l'étiquette mais tout était écrit en chinois et j'ai avoué que je ne connaissais pas le chinois (j'ai en fait dit que je ne connaissais pas encore le chinois). La vendeuse a alors compris que je n'allais pas tester.
Tous mes amis qui ont essayé ne semblaient pas malade donc peut-être n'étaient-ce que des pastilles de sucre mais je ne suis pas très téméraire.

Et il y avait aussi les marchands de quincaillerie qu'on à l'habitude de voir qui vendent tout (ou presque) de la couverture de téléphone portable au tournevis en passant par les lampes, les piles, les couteaux, les mouchoirs etc.

Enfin, je ne les ai pas vu ce jour là mais j'ai déjà essayé; il existe des marchands de morceaux de cannes à sucre. Ils vendent ces petits morceaux que l'on peut sucer. Le vendeur les aspergent régulièrement d'eau sucrée (ou devrais-je dire très sucré car j'ai trouvé ça très agréable à manger mais trop trop sucré pour mon gout).

mardi 31 janvier 2012

notre propriété a de la dignité

Régulièrement, et malgré plus de deux ans de présence au Bénin, il y a les mêmes questions qui reviennent. Ce sont des questions du genre "Est-ce que ce que je fais est culturellement approprié?" ou "Est-ce que, par les actions que je fais, je ne m'isole pas trop de la communauté?".

Dans notre récente frénésie de travaux, on a décidé de faire construire une clôture autour de la partie de terrain qui comprend le bureau de l'équipe de traduction et une petite maison. En effet, souvent des troupeaux de vaches venaient là ce qui certes permettait de fertiliser le terrain mais pouvait causer quelques dégradations.
Si la décision de construire la clôture me paraissait logique, je me demandais quand même si on n'allait pas se couper du contact avec les gens.

Alors que les travaux se sont achevés, il y a quelques constats amusants à faire.

Je ne sais pas on aura plus ou moins de visiteurs dans l'avenir mais notre chantier a été pendant quelques jours un lieu de tourisme. Et les commentaires des uns et des autres étaient très encourageants. Beaucoup disaient que le mur était une bonne idée, que c'était très bien construit.
D'ailleurs, le maçon, qui est un homme de notre village, m'a dit que cette clôture était un peu sa vitrine. Il a donc pris soin de tout faire au mieux.

En fait il y a unanimité sur le fait que c'est exactement ce qu'il fallait. Un de nos amis a d'ailleurs dit que maintenant notre propriété, avec sa nouvelle clôture, a de l'honneur ou de la dignité.
Souvent, dès qu'une personne construit sur un terrain, elle va mettre une clôture qui isole la maison. Souvent ce sont des cl
ôtures faites de tiges de mil (donc peu résistantes). Parfois il y a des murs en briques de terre. Nous avons un très long mur en briques de ciment et cela c'est respectable!

En tous cas, une fois encore, j'ai peut-être eu des craintes inutiles et exagérées.

samedi 21 janvier 2012


Il y a quelques semaines, le gouvernement du Nigéria a décidé de supprimer les subventions sur l'essence dans l'ensemble du pays. En quelques heures le prix de l'essence a doublé (voir ici [en anglais]).

Cette mesure n'a pas été sans conséquence au Bénin. L'est du Bénin a une frontière commune avec le Nigéria.

En effet, si il y a de plus en plus de stations-services dans le pays, il y a toujours de vendeurs d'essence au bord des routes.
Cette essence (essence du bord de la route) vient souvent du Nigéria de façon clandestine et est donc moins chère. Et c'est parfois d'autant plus profitable que l'essence a été coupée avec d'autres liquides.

Du coup, en quelques jours, le prix de l'essence au bord de la route a fortement augmenté et est passé de 250-350 F CFA (selon les régions) à 700-800 F CFA. Or le prix dans les stations services est autour de 570 F CFA en ce moment. Donc on est dans la situation paradoxale où l'essence du bord de la route est plus chère de l'essence légale.

Évidemment, il y a eu ruée sur les stations services mais plusieurs personnes que je connais cherche encore l'essence au bord de la route, doutant que l'on puisse trouver moins cher dans les stations services (ou n'étant pas au courant du prix dans les stations).

N.B.: la photo est celle d'un vendeur d'essence au bord de la route près de Cotonou. On trouve des bouteilles d'un litre ou alors des bidons en verre avec une plus grande contenance.

jeudi 19 janvier 2012

janvier en passant

Le mois de janvier est en train de passer très vite et en plus une coupure d'internet fait que je n'ai pas encore pu poster. Alors un résumé rapide de ce qui se passe.

Les travaux se poursuivent. Vous pouvez voir les évolutions en suivant les liens (en anglais):
La construction de la clôture s'est achevée il y a quelques jours. Quelques détails viendront dans quelques jours (normalement!)

Sinon, on est toujours en pleine saison d'harmattan avec ses bons et ses moins bons côtés. Une chose est sure, on a beaucoup de poussière cette année mais c'est pas que la saison qui veut cela.
Il semble aussi que cette année la fraicheur soit assez forte. A deux reprises on est descendu le matin autour de 12°C (soit 54 Fahrenheit). C'était quelques jours après qu'un ami nous dise que la fraicheur était finie. On a pu le taquiner.

J'ai aussi pu faire une première session d'enseignement avec les responsables de jeunes de l'église. Ça s'est fait tout en monkolé et ça s'est bien passé. Les mois d'apprentissage linguistique valaient le coup (mais il faut encore continuer).

samedi 24 décembre 2011

Gasoil, main d'oeuvre et progrès linguistique

Dans mon dernier post je mentionnais les travaux qui allaient commencer. Comme prévu tout a commencé et est en train d'avancer. Si vous voulez plus de détails (en anglais) et de photos, regardez:
Comme je l'ai dit, essayer de gérer les chantiers est une expérience assez nouvelle pour moi. Quelques choses que j'ai notées.

Comme on s'y attendait, le ciment est une denrée précieuse en ce moment. Heureusement, on a pu trouver sans problème tout ce dont on a besoin. Par contre, et c'est logique, si le ciment est très demandé en ce moment, c'est la même chose pour le sable et le gravier. Et pour compliquer la chose, le prix du gasoil a augmenté ce qui fait que tous les prix sont tirés vers le haut! Et en plus, la demande en camions est très forte en ce moment car la récolte du coton a commencé donc les transporteurs sont dans une position de force pour négocier.
Du coup, les maçons se sont faits un peu peur pour avoir tout ce dont ils avaient besoin.
Heureusement pour nous, un des maçons est un homme de notre village et il connait plusieurs transporteurs locaux. Cela lui a permis de vérifier les prix en différents endroits. A la fin de la première semaine de chantier tout était livré!

De nature pessimiste, pendant que je préparais les travaux, j'ai essayé d'imaginer tous les problèmes qui pouvaient venir (exercice pas très compliqué pour moi). Parmi ces scénarii, celui du manque d'eau était en bonne place. Je ne me suis pas trompé:
  • On a d'abord eu, la rupture de la canalisation principale d'eau un samedi soir (et mon plombier était sur un autre chantier).
  • On a ensuite eu l'assèchement du puit.
Mais, il y a toujours une solution. Un maçon a demandé à des dames de venir livrer l'eau sur le chantier. J'ai réalisé à ce moment là que c'était une solution plus économique que de pomper l'eau ce qui consomme du gasoil!

En dépit de tout ce que je peux écrire, il y a aussi des motifs de satisfaction.
  • D'abord, les maçons travaillent bien et rigoureusement (je devrais dire de mon oeil de non spécialiste).
  • Ensuite, je peux utiliser la langue monkolée avec un des maçons qui est du village. Du coup, on dialogue sur le travail en langue monkolé ce qui est encourageant pour moi car cela me permet de voir que ça progresse. Et surtout, ça me permet d'utiliser la langue monkolée dans un contexte un peu différent.

Voilà pour les nouvelles du chantier.

A toutes et à tous un joyeux Noël!

PS: et pour ceux qui connaisse la région, j'ai même (avec quelques difficultés) réussi à comprendre le prix d'un tonneau d'eau en dala (unité de compte dont je reparlerai une autre fois).