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dimanche 19 avril 2020

COVID-19 au Bénin

Le jour où nous avons quitté notre maison au village pour venir à Parakou nous avons appris le premier diagnostic d'un cas d'infection au coronavirus au Bénin.

Très rapidement les autorités ont mis en place des mesures d'informations et des mesures de protection.
Très rapidement aussi elles ont crée un site officiel qui regroupe les informations concernant les cas et la réponse des autorités. Le site est ici.

Une chose qui nous a frappés et que l'on a trouvée positive est le fait que les informations ont été rapidement traduites dans beaucoup de langues locales.
Ainsi, les conseils concernant les gestes barrières ont été diffusés en langue monkolée. Le lien pour les écouter est ici.
Ce qui est amusant dans ce fichier son c'est que je crois que la personne qui parle est un journaliste de la radio locale de Kandi avec lequel j'ai fait une interview en français et en monkolé après le culte d'au-revoir que les églises monkolées avaient organisé le 15 mars.

samedi 30 juillet 2016

Nyama nyama, une expression qui décrit bien une réalité

Une des premières expressions que j'ai apprises en monkolé est l'expression "nyama nyama". "Nyama nyama" c'est du désordre, un mélange de bric-à-brac qui n'a pas forcément d'utilité et qui encombre plus qu'autre chose.

Il y a quelques semaines nous avons déménagé et libéré notre appartement dans la région nancéienne. (Pour un résumé très complet, voir ce post d'Hilary ici.)
Notre déménagement c'est, grâce à Dieu, bien passé. Comme tous les déménagements il a commencé sur les chapeaux de roues mais plus le temps passait plus cela devenait difficile d'avancer car on était encombré de
"nyama nyama". C'est, dans ma tête, l'expression qui décrit le mieux ce que je constatais.





Effectivement il arrive un moment dans un déménagement où ne restent plus de vêtements, de meubles ou de gros objets. Par contre, il reste beaucoup de petites choses comme le montrent les photos au dessus et tout cela c'est
"nyama nyama".

Pour la petite histoire, dans la demi-heure précédant la venue de la personne chargée de faire l'état des lieux de sortie, tout ce qui restait a été transféré dans notre voiture pour finir le tri ailleurs!


jeudi 31 mars 2016

A propos de Bruxelles et des langues

Nous avons passé un week-end à Bruxelles et Hilary en a fait un résumé ici (à lire en anglais).



Depuis le centre des congrès vers le Palais Royal


Parmi les choses intéressantes que j'ai pu remarquer durant le week-end une est à propos des langues.

Nous étions logés chez des amis qui habitent dans une ville flamande à une dizaine de kilomètres de Bruxelles. Par contre Bruxelles est une ville où cohabitent le français et le flamand (ainsi que l'anglais du fait des nombreux expatriés). On a donc pu rencontrer des panneaux indicateurs qui réflètent cette diversité linguistique.

Ce sont d'ailleurs certains de ces panneaux qui ont déclenché une réaction intéressante de l'un de nos enfants. Notre aîné s'est dit frustré de ne pas comprendre les panneaux rédigés en flamand. Il était plus content quand les panneau étaient rédigés en flamand et en français.
Plus tard dans le week-end il a commencé à se lancer dans des déductions sur le sens des mots en flamand et c'est dit intéressé par l'apprentissage du flamand.

Toujours à propos de langue, Hilary m'a conseillé de regarder cette vidéo très intéressante. Le titre en est "9 Language Boy Meets 6 Language Girl" et le lien est .

lundi 27 mai 2013

Notre langue et la langue des blancs

Lorsque les monkolés parlent de leur langue ils disent "la langue" ("fee"). Lorsqu'ils parlent des autres langues, ils disent, par exemple, la langue des peuhls ("fee fulɛ") ou la langues des baribas ("fee baagu").

Il existe aussi "
fee bature" c'est-à-dire la langue des blancs. Pour beaucoup encore, il n'y a qu'une langue des blancs. Les jeunes savent aussi que l'anglais existe (car ils ont des cours d'anglais à l'école) et certains parlent de "fee anglisi".

Avec le temps, il y a un phénomène que j'ai remarqué. Quand je demande comment on dit un mot ou une expression en monkolé, je dis
"fee nwa" c'est-à-dire notre langue. Plus exactement je dis "Bɛirei à ya ni ... do fee nwa" [comment on a l'habitude de dire dans notre langue ...].
Par contre, quand je parle d'un mot ou d'une expression en français, je parle de
"fee bature" ("Do fee bature à ya ni ..." [Dans la langue des blancs on a l'habitude de dire ...]).

Tout cela pour dire que même si personne n'est dupe avec mon accent, je peux quand même m'attribuer une place dans la communauté monkolophone.

lundi 20 mai 2013

Où les légos parlent anglais

J'ai déjà parlé du fait que nos garçons sont bilingues et qu'ils sont aussi OPOL (one person one language - voir ). C'est intéressant d'entendre quelle langue ils parlent quand ils jouent. Le fait qu'ils soient fans de légos offre un grand terrain d'expérience.

Dans ses jeux, Simon utilise presque exclusivement l'anglais quand ses personnages parlent. Benjamin, quand il est seul, utilise surtout le français.

Récemment je jouais avec eux et je commençais à faire parler mes personnages en français. Simon m'a tout de suite repris et m'a dit qu'ils ne parlaient qu'anglais.
Apparemment
OPOL concerne les personnages légos aussi! Et donc j'ai fait parler mes personnages en anglais tout en sachant que normalement Simon trouve bizarre (et hilarant) que je parle moi-même en anglais.


Et pour finir une réalisation récente qui est la réinterprétation du restaurant Gusteau (ils aiment bien le film Ratatouille) avec un poste de police pour garder l'entrée.



vendredi 9 mars 2012

Trop d'idées ou trop d'ide

Il y a quelques jours j'ai eu cette conversation avec Simon.
Simon Papa, ma tête est trop lourde.
Moi A pourquoi?
Simon J'ai trop d'idées.
Moi Essaie de les sortir. Parle et je t'écoute.
Simon Je peux pas les sortir.

C'est le genre de conversation qu'on peut avoir de temps en temps avec nos garçons.

En réfléchissant à cette discussion, je me suis rendu compte que j'avais peut-être mal interprété. Peut-être le dialogue était-il le suivant:
Simon Papa, ma tête est trop lourde.
Moi A pourquoi?
Simon J'ai trop d'ide.
Moi Essaie de les sortir. Parle et je t'écoute.
Simon Je peux pas les sortir.

La différence entre les deux? Le mot idées ou ide.

ide est un mot monkolé qui peut avoir beaucoup de sens différents. Peut-être que Simon était en train de parler monkolé.
Il est aussi difficile de définir précisement le mot ide. Voici quelques exemples de sens possibles (liste non exhaustive):
  • parole
  • mot
  • phrase
  • concept
  • discussion
  • sujet de discussion
  • affaire
  • ... et peut-être d'autres encore


PS: et comme le monkolé est une langue tonale, il ne faut pas confondre ìde et ìdè le second désignant la maison.

jeudi 21 juillet 2011

Deux jours et plus longtemps

Depuis notre retour au Bénin, il y a quelques expressions qu'on a souvent entendu quand nos amis nous saluent. Ce sont des expressions comme "salutations pour les deux jours" ou "ça fait deux jours". C'est d'ailleurs la même chose que les gens nous parlent en français ou en monkolé (on dit alors fɔɔo ajɔ minji ).
On emploie ce genre de formules avec 'deux jours' dès qu'on salue quelqu'un que l'on n'a pas vu depuis longtemps.

A ce propos, ce qui est intéressant c'est la façon dont, en monkolé, on désigne le temps. Ainsi, on a cinq mots et expressions importants:
  • nnyi qui signifie aujourd'hui.
  • ala qui signifie demain
  • ala akã qui signifie littéralement 'demain un'. Cette expression recouvre une durée qui s'étend du lendemain à un an après.
  • ana qui signifie hier
  • ajɔɛ (ou ajuɛ) qui signifie avant-hier mais qui recouvre aussi une période du passé jusqu'à avant-hier.
Ce qu'on a eu un peu de mal à comprendre c'est quand quelqu'un nous dit qu'il amènera un objet 'après-demain' car après-demain peut durer assez longtemps. De même, une ami qu'on reverra dans un mois nous a dit en partant 'à demain'.

A côté de ces cinq expressions, on a malgré tout des expressions qui permettent de parler de la semaine prochaine ou de la semaine passée, de l'année passée ou prochaine etc.

PS: il semble qu'il y ait deux façons d'écrire avant-hier et l'explication de cela pourrait faire l'objet d'un autre post (mais je ne m'engage pas trop pour le moment).

jeudi 12 mai 2011

Trois langues

Entendu ce soir (mais traduit car la discussion initiale avait lieu en anglais):
Simon je voudrais être un papa
Hilary et quelle langue parleras-tu à tes enfants?
Simon les trois
Hilary français, anglais et monkolé?
Simon oui

Ce dialogue reflète une évolution intéressante que l'on a observé chez Simon et qui concerne son multi-linguisme.
On élève Simon (ainsi que Benjamin) pour être bilingue français et anglais. La question qui se posait était de savoir ce qu'il en serait quant au monkolé. En effet, Simon nous entend parler (ou essayer de parler) monkolé et les enfants du village parlent en monkolé (sauf peut-être les plus grands qui allant à l'école lui parlent en français).

On avait noté que Simon ne veut jamais parler en monkolé quand on est visiblement présents. Par contre on l'a déjà entendu avoir des petites conversations avec des gens qui travaillent à la maison. Et en plus, il connaît les salutations. Même si à certains moments j'ai eu des doutes quant au fait que Simon connaisse la langue monkolée, il me semble qu'il comprend plus qu'il ne la parle.

Le changement récent (et que l'extrait de conversation illustre) c'est que quand plusieurs personnes ont interrogé Simon sur les langues qu'il connaît, il répond systématiquement trois: français, anglais et monkolé. Quand mon cousin lui a demandé de dire quelque chose en monkolé, Simon l'a fait avec une prononciation quasi-parfaite et a même corrigé mon cousin qui essayait de répété.

J'ai tendance à penser que Simon comprendra plus le monkolé qu'il ne s'exprimera dans cette langue. Par contre, il aura un accent et une prononciation sûrement meilleurs que la mienne. Il me semble aussi que la connaissance ou la compréhension du monkolé soit une partie de son identité et un sujet de fierté.

lundi 9 mai 2011

Benjamin et les négations

Je ne parle pas trop souvent de Benjamin mais c'est très intéressant de voir comment son langage se développe et en particulier comme il s'est développé ces derniers mois. Il est fort probable que le récent séjour en France a commencé au bon moment pour lui et qu'il a fortement enrichi son langage.

Une chose que son grand-père paternel à chercher à comprendre c'est comment Benjamin utilise la négation. Pendant quelques temps, quand il voulait refuser un objet, il disait trois fois la (ou les) syllabe(s) désignant cet objet. Ainsi s'il ne voulait pas de chaussettes (sock en anglais) il disait "sososock". S'il ne voulait pas de soupe, il disait "sousousoupe".
Puis récemment il a commencé à donner des formes négatives aux verbes. Pour cela, il dit un verbe et fait un signe de négation avec la tête ou la main. Donc quand il n'aime pas, il dit "aime" en bougeant la tête de côté.

C'est aussi intéressant de voir qu'après quelques jours au Royaume-Uni, son vocabulaire en anglais s'enrichit notamment quand il entend son grand-père lui parler. Ainsi, on a entendu ces derniers jours Benjamin commencer à dire "gosh!" comme mon beau-père ce qui est très mignon à entendre.
Je ne doute pas que dans les semaines à venir son vocabulaire va se développer davantage.

lundi 20 décembre 2010

Le peuhl qui n'a pas de lait ou entendre sans comprendre


Hilary a écrit un post (à lire ici [en]) qui résume bien le problème qu'on rencontre en ce moment quand on est avec des Monkolés.

En résumé (et en français), notre problème est que fréquemment
on parvient à comprendre suffisamment de mots et de phrases sans pour autant que cela ne fasse sens.
En effet, il nous manque des informations qui sont connues de tou(te)s sauf de nous; des informations liées à la vie du village, à l'histoire des gens, à des événements plus ou moins récents. En fait, beaucoup d'éléments relatifs à l'histoire de la communauté ne nous sont pas encore familiers.

Un exemple qui m'est arrivé récemment.
Un jour je salue un groupe d'hommes que j'ai l'habitude de rencontrer. Je fais le tour, saluant (en langue monkolée) chacun à tour de rôle. J'étais assez content de moi, j'avais l'impression de faire assez bien.
Mais après avoir salué le dernier, un d'eux me parle en monkolé. Je comprends les mots mais ça ne veut rien dire. Il répète une fois, deux fois; je comprends toujours les mots mais toujours pas le sens. Je lui dit que je comprends pas alors il me dit en français: « c'est un peuhl qui n'a pas de lait ». Là aussi je comprends tous les mots et toujours pas le sens.
Tout le monde rigole, moi aussi, et on passe à autre chose.

Un peu après j'ai demandé au pasteur ce que ça signifie et l'explication est la suivante. L'homme que j'avais salué, je l'ai appelé par le seul nom que je lui connaisse et qui est son nom de baptême. Or son nom d'avant le baptême était "ama
fuε" c'est-à-dire l'enfant peuhl. C'est un nom qui lui a été donné par ses parents alors qu'il est monkolé. C'est un nom qu'on donne parfois à des enfants.
La "blague" est que même s'il porte le nom de peuhl il n'a pas de lait car seuls les Peuhls ont du lait (ce sont eux qui font l'élevage des vaches et qui donc peuvent vendre le lait).
Donc il était impossible que je comprenne sans avoir connaissance des noms et surnoms.

Cela étant, et c'est une note encourageante, Hilary visitait un jour une amie avec les garçons. Une femme peuhle passe, l'amie d'Hilary dit à Benjamin « tu ne veux pas la suivre? Elle a du lait ». Hilary a compris sans problème car les Peuhls sont ceux qui ont et vendent le lait.


PS: la photo c'est Simon et Benjamin observant le passage des vaches près de notre maison à Parakou

dimanche 28 novembre 2010

Photo et fotoo


« Rendez à César ce qui est à César et rendez à Dieu ce qui est à Dieu » C'est la réponse de Jésus à une question sur le paiement de l'impôt.

Si la phrase est très connue, les évangiles rapportent que Jésus a demandé à voir une pièce de monnaie sur laquelle était gravé l'effigie de l'empereur.

Durant un cours, on lisait l'Evangile de Marc en monkolé et en particulier le texte auquel je faisais référenc. Le mot pour parler de l'effigie en monkolé est 'fotoo'.
Évidemment, ce mot est basé sur le mot 'photo' (il y a eu translitération du français en monkolé).
'fotoo' désigne une photo (logiquement!) mais aussi un dessin, une image ou encore une effigie (comme dans le texte que je mentionnais).

Quand on a demandé pourquoi c'est un seul mot qui est employé sur cela, le pasteur nous a dit que les monkolés ne faisaient pas de dessins et qu'il n'y avait pas vraiment de mot pour cela. La diffusion de dessins et de photos et la diffusion du français a alors entraîné l'apparition du mot fotoo.

P.S.: je vais essayer de faire un post sur les différentes influences qu'on peut voir dans le vocabulaire monkolé.

vendredi 1 octobre 2010

Le monde de Simon aussi est multilingue

Dans la suite de mon dernier post, le monde de Simon aussi est multilingue.

La semaine dernière je classais des chants en monkolés. J'en profitais pour les écouter et essayer de comprendre un peu les paroles. Simon, qui aime la musique, était en train d'écouter avec moi. Puis il me demande de lui faire écouter d'autres musiques en français et en anglais. Arrive dans la playlist une chanson du groupe Sigur Ros. Simon me demande « Papa c'est quoi qu'il chante? Baatonou? Fulani? ». Le baatonou et le fulani sont deux langues importantes au nord du Bénin. Quand je lui dis que c'est islandais et que c'est une langue d'Europe il me demande si on entendra de l'islandais quand on retournera en Europe.

A ce propos, le moment où le monkolé de Simon va "exploser" s'approche. Il nous demande constamment des éclaircissements sur le sens d'expressions monkolées, sur le sens des mots etc. Il finit parfois même les phrases du pasteur quand il nous fait les cours!
Ca veut dire que l'avance qu'on avait sur lui dans la connaissance du monkolé va disparaitre!

Et Benjamin?
Il parle encore peu mais s'exprime beaucoup par signes et par sons. Il sait dire des mots comme 'pomme', 'pain', 'au voir', 'apple', 'non non non' (aawo en monkolé), 'please' en langage des signes et bien d'autres encore. Il fait aussi pleins de sons pour les voitures, les camions, les motos etc.
Ce qui est aussi intéressant c'est que quand il parle de la pluie, il utilise un mot qui ressemble beaucoup au mot pluie en monkolé. Son trilinguisme est en route!

mercredi 14 avril 2010

Politesse

Dans un post précédent, je rapportais que la façon que j'ai d'être poli et qui est adaptée à la France, doit être révisée au Bénin.

La politesse est conçue de façon différente. Au risque d'être un peu dans l'erreur ou de trop simplifier, je dirais qu'elle concerne d'autres domaines et en particulier le respect à montrer aux autres. Voici quelques exemples:

  • On apprend à un enfant qu'il doit toujours donner avec la main droite. Utiliser la main gauche est une insulte (même s'il est possible de s'excuser ou de contourner la difficulté - a priori sujet d'un autre post).
  • On appelle un homme ou une dame « Papa » ou « Maman » comme marque de respect.
  • On ne dit pas qu'une personne plus âgée que soi à tort, on dit qu'elle n'a pas raison. Ça paraît un peu choquant quand on vient d'une culture occidentale dans laquelle on est très fier de tout se dire mais ici c'est une façon de marquer le respect pour quelqu'un de plus âgé.

Ce sont quelques exemples que j'ai pu voir et la liste va surement s'étendre avec le temps.

vendredi 9 avril 2010

Savoir demander et inviter

Une des leçons que j'ai apprise quelques mois après notre arrivée au Bénin c'est que la politesse comme elle est conçue en Europe ne sert pas forcément ici. C'est pas mauvais mais ça ne donne aucun avantage. On pourrait dire que ça fait entendre qu'on est des étrangers mais la couleur de peau est déjà une indication!

Un jour, je suis allé dans un magasin où on connait bien les vendeuses. Je commence à dire ce que je veux « du sucre, s'il vous plait; de la farine s'il vous plait; etc. » Et pendant que je suis en train d'être servi, une des vendeuses me dit qu'il ne faut pas demander comme cela car je n'ai pas à m'excuser.
En discutant avec notre tuteur de langue, il me dit que on ne dit pas s'il te plaît ou s'il vous plaît à un vendeur. En effet, son rôle est de me servir car je suis le client. Et il est vrai qu'en observant d'autres faire leurs courses, les personnes parlent très directement: « du sucre », « des haricots » etc.

Un autre exemple, un jour je devais aller à Pèdè (quand on était encore à Parakou). Comme j'y allais en voiture, je me suis dit que si notre tuteur voulait venir avec moi ce serait bien (Pèdè est son village).
Donc lors d'un cours, je lui demande (en monkolé): "est-ce que tu veux m'accompagner au village".
Sa réponse est « Non! On ne dit pas comme ça ». j'aurais du dire « Accompagne-moi »
L'une des difficultés c'est que du coup, la personne qui reçoit cette demande est plus ou moins obligée d'accepter car on ne refuse pas.

C'est un peu pareil avec les repas (et là c'est à la fois mon observation et ce que dit David Maranz dans African Friends and Money Matters). Quand on mange, il est bon d'inviter les personnes qui seraient de passage à la maison. mais si on dit « est-ce que tu veux rester manger? », la personne va dire « non » même si elle veut bien. Ce qu'il faut dire c'est « tu reste manger! » sans question et sans laisser de choix. Et comme nous l'ont expliqué plusieurs amis béninois, même si la personne n'aime pas la nourriture elle devra manger.

vendredi 2 avril 2010

Frustration linguistique

Depuis que nous sommes arrivés au village nous expérimentons un peu de frustration par rapport à notre niveau de langue.
Nous savions que l'on aurait des difficultés à comprendre la langue vu qu'on n'avait pas encore vécu dans un environnement monkolophone, mais savoir une chose et l'expérimenter sont un peu différents.

La frustration vient essentiellement du fait qu'on a des niveaux assez différents dans nos compétences en monkolé.
  • On arrive sans trop de problème à lire. Cela s'explique assez facilement parce que le monkolé s'écrit phonétiquement. Là où on a du mal c'est à mettre les tons parce qu'à l'écrit, on ne les indique pas pour ne pas surcharger le texte.
  • On arrive aussi à écrire (là encore le fait que l'écriture soit phonétique aide beaucoup).
  • On peut parvenir à s'exprimer un peu à l'oral, raconter ce qu'on fait, poser des questions etc. Ainsi j'avais pu expliquer à une dame qui travaille pour nous qu'elle devait venir travailler même si on s'absentait durant une journée pour aller à Malanville. Tout ceci pourrait faire croire que je suis assez compétent.
  • Par contre, on a encore beaucoup de mal à comprendre quand on nous parle. On est obligé de faire répéter nos interlocuteurs, répéter encore pour essayer de comprendre et parfois les gens laissent un peu tomber (et d'autres essayent d'expliquer un peu en français ce qui n'est pas facile pour eux).

A l'oral ce qui semble difficile c'est que les gens parlent vite (ou en tous cas ça nous semble rapide). Et en plus le vocabulaire manque (j'ai déjà pas mal perdu durant le temps du déménagement).
Et puis on n'a pas toujours le contexte de la conversation ou la direction dans laquelle on va ce qui fait qu'on découvre sur le coup (ou plutôt après coup quand on commence à comprendre).

Tout ceci est normal; ça constitue une partie du choc linguistique. La question qui reste est de savoir comment le négocier. En un sens c'est motivant; il faut parvenir à parler et entendre la langue si on veut pouvoir travailler parmi la population monkolée. D'un autre coté ça demande de la persévérance.

mercredi 10 mars 2010

Mon téléphone est Yoruba, Hausa.... et français

J'ai changé de téléphone portable et j'ai découvert des choses intéressantes.

Parmi le très nombreux modèles, on trouve un produit assez typiquement béninois: le téléphone double SIM capable de gérer deux cartes SIM de deux opérateurs téléphoniques différents. C'est bien adapté au Bénin car ici il est courant que les gens aient deux ou trois numéros de téléphone portable, chacun fournit par un opérateur différent.
La raison à ces multiples numéros est que quand on appelle un mobile sur le même réseau la communication est moitié moins chère (et parfois gratuite). Du coup plusieurs SIM permet de jongler avec les multiples réseaux.

Le téléphone que j'ai acheté est un mobile pour le marché nigérian. Le chargeur est donc un chargeur de type britannique mais surtout, les menus peuvent apparaître en cinq langues différents: anglais (normal, le Nigéria est anglophone), français (pratique pour être vendu dans la sous-région) mais aussi Hausa, Yoruba et Igbo. Ces dernières sont trois langues très importantes au Nigéria, preuve que certains fabricants ont bien compris l'intérêt de tenir compte des langues nationales.

Enfin, ce ne sont pas seulement les menus qui sont disponibles en plusieurs langues, il est aussi possible de texter dans ces langues. Cela me rappelle ce que notre aide linguistique nous avait montré à savoir qu'il peut texter en monkolé (en utilisant des symboles à la place des caractères spéciaux).

N b> Kp££d£ azuma iyi i l>

Je suis allé à Pèdè la semaine passée

PS 1: une des limites quand même à mettre des langues nationales c'est le fait que sans alphabétisation, les utilisateurs ne peuvent pas trop profiter des menus et fonctionnalités.

PS 2: je me demande si Nokia a lancé les lignes de vêtements qu'on peut voir ici au Bénin. On trouve partout des t-shirts pour hommes ou femmes avec marqué en gros le nom de la marque et le nom d'un modèle.

samedi 16 janvier 2010

La fraicheur m'a tué

Fin janvier ou début février nous allons déménager à Pèdè dans le Nord du Bénin. Cette semaine je suis allé à Pèdè pour faire et superviser des travaux de réparation dans notre future maison.
Tout s'est très bien passé et la maison est très belle! On a hâte de pouvoir s'installer.

Il y a quelques temps, notre tuteur de langue nous avait dit que dans le Nord du Bénin, durant la saison de l'Haramattan, il fait très frais le matin. C'est ce que j'ai constaté et je n'avais pas anticipé qu'entre 5 et 8 heures le matin, les températures sont assez faibles pour la région. Du coup j'ai vraiment eu frais.

J'ai expérimenté le sens des expressions monkolées qu'on utilise quand le temps est frais:

PS: les expressions en monkolé ne sont pas très lisibles car je du créer une image (on écrit avec des caractères spéciaux pas forcément pris en compte).

lundi 30 novembre 2009

Problème de ton

Le monkolé est une langue tonale c'est-à-dire qu'il y a trois tons pour prononcer certains sons. Et différents tons peut signifier différents sens. Cela crée deux difficultés: la première est d'entendre les différents tons et la seconde est de prononcer les différents tons.
Dans certains cas, on a aucune marge d'erreur car trois tons différents donnent trois mots différents. Un exemple avec le mot kpã.

Première difficulté, le son 'kp' qui n'existe pas dans la langue française et j'ai encore beaucoup de mal à le faire sortir.

Ensuite, il y a trois tons possibles pour le son 'ã' (qui se prononce [an] à savoir un ton montant (ou haut), descendant (ou bas) ou un ton normal. Pour chacun de ces tons on a trois verbes de sens différents et sans relation entre eux:
  • kpã avec un ton normal puiser
  • kpã avec un ton haut balayer
  • kpã avec un ton bas signifie porter au dos
Et pour compliquer un peu plus, il y a aussi kpãa qui signifie le chemin ou la voie.

Pour finir, j'ai dit qu'il n'y avait pas de relations entre les trois exemples de kpã ce qui est un peu faux car on peut construire la phrase suivante:

Esther í kpã Benjamin n> í kpã inyi n> í kpã ile

Soit en français, Esther a porté Benjamin au dos, a puisé de l'eau et a balayé la pièce). Noter qu'à l'écrit, on ne marque pas les tons.

PS: n> se dit [non] et signifie 'et' et '>' remplace un caractère spécial.

mardi 13 octobre 2009

Ce que m'apprend l'apprentissage du Monkolé


Apprendre le Monkolé ce n'est pas seulement apprendre à communiquer c'est aussi apprendre des choses sur la culture monkolée et la façon de voir le monde mais c'est aussi apprendre des choses sur soi.

Le Monkolé est une langue tonale ce qui veut dire qu'un même son peut être prononcé sur trois tons différents. Ainsi, la lettre 'e' donne le son [é] mais on a les trois possibilités suivantes qui s'offrent alors:

  • e = se dit ['é']
  • é se dit [é] avec un ton montant
  • è se dit [é] avec un ton descendant

Bien sûr, comme on peut l'imaginer facilement, le sens du mot change en fonction du ton. Ainsi, ilé désigne la pièce ou la case mais ilè désigne le voleur (et dans les deux cas é ou è est le son [é]).

Un exercice intéressant qu'on a fait une seule fois est de faire une dictée. C'est intéressant car ça demande de faire très attention aux sons que l'on entend et ensuite de chercher à retranscrire les sons que l'on entend.

C'est comme cela que je me rends compte que mon audition doit se perfectionner pour saisir les subtilités de la langue. Pour être honnête, parfois dans une conversation, le contexte de la phrase lève toute ambiguïté sur le mot. Et dans le même ordre d'idée ce n'est pas seulement l'audition qui doit s'affiner mais aussi la capacité à produire les différents tons, et ça c'est difficile!


J'ai redécouvert combien je suis perfectionniste et c'est pas toujours un avantage. En effet, je suis capable de passer dix minutes à essayer de prononcer différemment deux sons très semblables même quand notre enseignant, pourtant très pointilleux propose une autre solution

Je me suis rendu compte que je suis aussi ultra-lettré c'est-à-dire que mes modes d'apprentissage, de compréhension et de réflexion passent en quasi-totalité par l'écrit ce qui n'est pas facile pour apprendre une langue. C'est pour cela que dès qu'on apprend un nouveau mot ou qu'on apprend un nouveau type de phrase. Ce qui est intéressant c'est que là où Simon apprend le français, l'anglais, le Monkolé ou le Baatonou juste en écoutant, moi il me faut un papier et un crayon en plus de mes oreilles.


Enfin, certains soirs on a découvert un peu des difficultés des conditions d'étude en Afrique. En effet, quand on a des coupures de courant c'est plus difficile de travailler, de relire ses cours et ses notes etc. à la lueur d'une bougie. Mais cela ne nous est pas arrivé souvent, fort heureusement.


PS: j'ai utilisé le terme ultra-lettré ce qui est surement un anglicisme car je ne savais pas comment traduire ultra-literate. Et la photo est une photo prise devant notre maison qui montre combien la végétation a apprécié la saison des pluies.

dimanche 11 octobre 2009

Apprendre en pratique

Une difficulté dans notre apprentissage du Monkolé c'est que l'on se trouve à Parakou et que les monkolés vivent dans le Nord du Bénin. Il y a donc peu de monkolophones à Parakou. Cependant grâce à un de nos collègues on a pu rencontrer notre tuteur.

On ne peut donc pas faire de l'immersion totale, parfois considérée comme une méthode possible d'apprentissage. Même si les cours sont très utiles, ils servent à poser de bonnes bases et à acquérir du vocabulaire. Mon côté pessimiste s'attend à vivre un choc linguistique avec l'impression de ne rien comprendre et de ne pas pouvoir s'exprimer.

On a une séance quotidienne de 3 heures au cours de laquelle on a d'abord travaillé sur des dialogues qui permettent de travailler la prononciation, le vocabulaire et la grammaire. Il y a beaucoup de répétitions et en plus notre enseignant n'hésite pas à introduire des mots nouveaux et des expressions nouvelles.
Depuis plusieurs semaines on construit des phrases et on essaye de dialoguer. Et plus récemment encore, on s'est attaqué à des problèmes grammaticaux (pas forcément la partie la plus facile et la plus rigolote).
Et puis comme on fait le LCL (Language and Culture Learning) on a aussi des discussions sur la vie au village.

Le défi c'est ensuite de prendre le temps de tout travailler et de revoir le vocabulaire.

Et pour finir sur une note positive, on est allé il y a trois semaines dans le village de Pèdè et on a réussi à saluer les gens en Monkolé et aussi à comprendre des bouts de conversation. Donc petit à petit les choses rentrent.