Un jour Benja, le meilleur ami de Simon (à ne pas confondre avec notre Benjy), est passé à la maison. Etant donné que Benja est à l'école au village et que ses parents lui demandent d'aider dans les travaux des champs, c'est assez rare que Simon et lui passent du temps ensemble.
Ce jour là, Simon et Benja (et Benjy) étaient très heureux de se retrouver. Une chose m'a alors frappée. Presque dès l'instant où Simon a vu Benja il a changé son accent et sa façon de parler (y compris la construction des phrases). Dans une certaine mesure, c'est comme si il se met à parler d'une façon similaire aux enfants du village. Il se passe d'ailleurs un peu la même chose quand il parle avec la femme du pasteur qui travaille chez nous.
Pour illustrer, Simon s'adresse à son ami et lui dit "Benja, je mets mon t-shirt" puis il se reprend et dit "Benja je mets chemise" ce qui est plus proche du monkolé.
Mais ce qui était encore plus amusant c'est que pendant que Simon, Benjy et Benja et moi jouions à un jeu de carte (et oui ça m'arrive!), j'ai entendu Benja dire "Gosh!"; expression assez typiquement britannique!
Comme quoi les influences sont réciproques.
Benjamin (le notre) est lui aussi très bon pour mélanger les langues. Une fois, il me pose la question suivante: "Papa ça fait quoi si je légé du lait dans mon yogourt?". Sur une base de français, il ajoute du monkolé (légé pour mélanger) et de l'anglais.
Ou encore: "si tu touches kpɔlɔ avec tes mains tu auras du poison sur tes mains" avec là encore du monkolé (kpɔlɔ pour grenouille) et de l'anglais (poison prononcé à l'anglaise)
Et pour finir d'autres enfants qui viennent de temps en temps à la maison me remercient en disant "thank you". En fait, on n'a pas une maison mais une sorte d'école de langues.
mercredi 12 décembre 2012
mercredi 28 novembre 2012
On a trouvé une petite étrangère!
"On a trouvé une petite étrangère!"
C'est par ces mots que j'ai annoncé à beaucoup de nos amis la naissance de Eve. Eve Sofia (Sofia est son deuxième prénom) est née le 8 novembre dernier à Bembéréké.
Traditionnellement, quand un enfant nait, on ne donne pas le prénom dès la naissance. Ca pose parfois encore problème dans les hôpitaux où le personnel veut rapidement savoir pour faire la déclaration de naissance alors que les parents ne veulent pas encore donner le prénom.
Du coup, quand j'annonçais la naissance à des amis, je disais qu'on avait trouvé une petite étrangère. Mes amis comprenaient alors. Certains demandaient le prénom, d'autres non.
DImanche dernier Eve a été officiellement présentée à l'église. Cela s'appelle ama ku nyisi (littéralement montrer l'enfant). C'est durant cette cérémonie que son prénom a été annoncé. On m'a demandé quel était le prénom du bébé (ɛfa en monkolé). A présent, Eve n'est donc plus une petite étrangère mais tout simplement Eve!
C'est par ces mots que j'ai annoncé à beaucoup de nos amis la naissance de Eve. Eve Sofia (Sofia est son deuxième prénom) est née le 8 novembre dernier à Bembéréké.
Traditionnellement, quand un enfant nait, on ne donne pas le prénom dès la naissance. Ca pose parfois encore problème dans les hôpitaux où le personnel veut rapidement savoir pour faire la déclaration de naissance alors que les parents ne veulent pas encore donner le prénom.
Du coup, quand j'annonçais la naissance à des amis, je disais qu'on avait trouvé une petite étrangère. Mes amis comprenaient alors. Certains demandaient le prénom, d'autres non.
DImanche dernier Eve a été officiellement présentée à l'église. Cela s'appelle ama ku nyisi (littéralement montrer l'enfant). C'est durant cette cérémonie que son prénom a été annoncé. On m'a demandé quel était le prénom du bébé (ɛfa en monkolé). A présent, Eve n'est donc plus une petite étrangère mais tout simplement Eve!
lundi 29 octobre 2012
Cheveux et longueur de cheveux
A l'école, Simon suit un cours d'Instruction Civique et Moral. Dans ce cadre il a eu une séquence sur l'hygiène personnelle et dedans il y a eu des activités sur les poux (ou plutôt des activités destinées à prévenir la diffusion des poux pour être plus exact).
Je sais par des amis dont les enfants sont scolarisés en France que c'est malheureusement un problème fréquent dans les écoles. Par contre, du fait de notre éloignement nous sommes moins affectés (et on ne se plaint pas). J'ai cependant dû expliquer à Simon ce que c'était car il n'avait aucune idée de ce que sont les poux et n'avait jamais entendu parler de cela.
En parlant avec un de nos amis du village, il nous a dit que les enfants aussi ont ce problème et que c'est pour cela qu'on coupe les cheveux très courts.
En continuant à parler des cheveux, il nous a aussi dit que les filles ont les cheveux rasées mais pas en raison de la prévention des poux. En effet, dans les écoles publiques, les filles ont les cheveux rasés de façon à ce qu'aucune ne puisse être avantagée en raison de la beauté de ses cheveux ou de sa coiffure.
J'ai écrit "écoles publiques" car on voit parmi les élèves qui vont dans les écoles privées des petites filles qui ont des tresses artistiquement faites.
Je sais par des amis dont les enfants sont scolarisés en France que c'est malheureusement un problème fréquent dans les écoles. Par contre, du fait de notre éloignement nous sommes moins affectés (et on ne se plaint pas). J'ai cependant dû expliquer à Simon ce que c'était car il n'avait aucune idée de ce que sont les poux et n'avait jamais entendu parler de cela.
En parlant avec un de nos amis du village, il nous a dit que les enfants aussi ont ce problème et que c'est pour cela qu'on coupe les cheveux très courts.
En continuant à parler des cheveux, il nous a aussi dit que les filles ont les cheveux rasées mais pas en raison de la prévention des poux. En effet, dans les écoles publiques, les filles ont les cheveux rasés de façon à ce qu'aucune ne puisse être avantagée en raison de la beauté de ses cheveux ou de sa coiffure.
J'ai écrit "écoles publiques" car on voit parmi les élèves qui vont dans les écoles privées des petites filles qui ont des tresses artistiquement faites.
mercredi 17 octobre 2012
Poubelle, déchets et herbes
Après un peu plus de deux ans et demi passés au village, je continue d'apprendre des choses en monkolé. Il y a quelques jours, au détour d'une conversation j'ai appris comme on dit les déchets ou les poubelles: c'est le mot fɔfɔ.
Or il se trouve que je connaissais déjà le mot fɔfɔ mais pour désigner les herbes.
L'explication qui m'a été donnée c'est que dans les deux cas (déchets ou herbes) ce sont des choses qui salissent la maison ou la concession donc un même mot permet de les désigner.
En tous cas, je suis très heureux de continuer à apprendre!
Or il se trouve que je connaissais déjà le mot fɔfɔ mais pour désigner les herbes.
L'explication qui m'a été donnée c'est que dans les deux cas (déchets ou herbes) ce sont des choses qui salissent la maison ou la concession donc un même mot permet de les désigner.
En tous cas, je suis très heureux de continuer à apprendre!
lundi 8 octobre 2012
Français et français
Simon a commencé la classe de CP. J'ai assuré les premières semaines de classe. Je vais bientôt passer la main à un jeune volontaire du service civil suisse qui va aussi développer un projet de soutien scolaire dans un internat.
Cette année on utilise les supports du CNED qui sont très bien faits (et qu'on a pu recevoir presque sans problème). Cela dit, parfois les documents ne sont pas très adaptés à Simon et à son environnement.
Exemple. Un exercice est destiné à faire découvrir le son [u] (dire 'ou'). Pour cela cinq dessins de mots avec ce son sont proposés. Simon commence à les lire: 'loup', 'pointe' et se prépare à lire le troisième. Je suis alors obligé d'arrêter l'exercice pour dire à Simon que si au Bénin on parle de pointe, en France les gens parlent plutôt de clou.
Autre exemple. On fait une leçon sur les risques domestiques. Sur un dessin, Simon identifie les différents dangers dans la maison. Vers la fin Simon signale qu'une des fenêtres est ouverte et que c'est dangereux. Je demande alors pourquoi? La réponse de Simon (tout à fait juste et pas prévue je pense dans le manuel): "si la fenêtre est ouverte les moustiques rentrent!"
Il est vrai que nous avons des barres de sécurité aux fenêtres et que le risque de chute est limité (et on n'a pas d'étages)
Cette année on utilise les supports du CNED qui sont très bien faits (et qu'on a pu recevoir presque sans problème). Cela dit, parfois les documents ne sont pas très adaptés à Simon et à son environnement.
Exemple. Un exercice est destiné à faire découvrir le son [u] (dire 'ou'). Pour cela cinq dessins de mots avec ce son sont proposés. Simon commence à les lire: 'loup', 'pointe' et se prépare à lire le troisième. Je suis alors obligé d'arrêter l'exercice pour dire à Simon que si au Bénin on parle de pointe, en France les gens parlent plutôt de clou.
Autre exemple. On fait une leçon sur les risques domestiques. Sur un dessin, Simon identifie les différents dangers dans la maison. Vers la fin Simon signale qu'une des fenêtres est ouverte et que c'est dangereux. Je demande alors pourquoi? La réponse de Simon (tout à fait juste et pas prévue je pense dans le manuel): "si la fenêtre est ouverte les moustiques rentrent!"
Il est vrai que nous avons des barres de sécurité aux fenêtres et que le risque de chute est limité (et on n'a pas d'étages)
mercredi 3 octobre 2012
Lampes et présidents
Etant donné que l'électricité est une denrée rare chez nous, on utilise par moment des lampes d'appoint pour s'éclairer. Les lampes que l'on trouve le plus facilement sont des lampes comme celles présentée sur la photo: lampe de type camping avec des ampoules LED et fonctionnant avec des piles.
Ce matin, je parlais avec un de nos traducteurs et il me dit que la lampe que j'ai c'est une lampe Yayi Boni (soit en monkolé fitila Yayi Boni). Il m'explique que les gens appellent les lampes comme cela car elles sont apparues durant le premier mandat du président Yayi Boni.
De même, il existe des torches Yayi Boni (en monkolé tɔrsu Yayi Boni) qui sont des lampes torches avec des LED.
Et pour compléter les choses, il existait dans le temps des torches Kérékou (du nom de l'ancien président Matthieu Kérékou) non équipées de LED et qui faisait donc une lumière jaune.
P.S.: en monkolé, le mot torsu a été crée pour désigner une torche et c'est une translittération du français.
Ce matin, je parlais avec un de nos traducteurs et il me dit que la lampe que j'ai c'est une lampe Yayi Boni (soit en monkolé fitila Yayi Boni). Il m'explique que les gens appellent les lampes comme cela car elles sont apparues durant le premier mandat du président Yayi Boni.
De même, il existe des torches Yayi Boni (en monkolé tɔrsu Yayi Boni) qui sont des lampes torches avec des LED.
Et pour compléter les choses, il existait dans le temps des torches Kérékou (du nom de l'ancien président Matthieu Kérékou) non équipées de LED et qui faisait donc une lumière jaune.
P.S.: en monkolé, le mot torsu a été crée pour désigner une torche et c'est une translittération du français.
jeudi 30 août 2012
Vaches, clôture et médiation locale
Dans le post précédent j'ai expliqué les problèmes d'incursions de vaches que l'on avait. Ces problèmes ont apparemment connu une fin heureuse.
Il y a quelques jours, en fin d'après-midi deux vaches étaient dans la propriété. Dans un premier temps j'ai essayé de faire comprendre au berger qu'ils devaient les chercher; il n'a pas voulu. Ensuite j'ai essayé de chasser les deux vaches mais elles étaient un peu belliqueuses. J'avais alors fait le choix de les laisser finir leur repas (l'herbe ne manque pas) pensant qu'elles partiraient ensuite.
Cependant un de nos traducteurs est arrivé et s'est lancé dans une longue discussion avec le berger. Apparemment cette discussion n'a pas été plus fructueuse que mes tentatives. Il a alors décidé d'attacher les deux vaches à des arbres et de fermer la porte d'entrée. Du coup, les vaches étaient prises en otage chez nous.
La réaction du berger était alors rapide et prévisible; il a décidé de faire venir des gens de sa parenté.
Dans les minutes qui ont suivi on m'a alors prévenu qu'il y allait avoir une réunion pour régler cette affaire. J'ai participé à une médiation.
J'ai vite compris que plusieurs de nos amis, exaspérés par les incursions (et peut-être sentant que je ne savais pas quoi faire) avaient décidé de prendre le taureau par les cornes (c'est le cas de dire!). Ils voulaient que ces problèmes soient définitivement réglés.
Les débuts de la médiation étaient un peu difficiles. Nos amis monkolés expliquaient aux chefs peuhls le problème à savoir que des bergers (ce sont souvent des jeunes) faisaient entrer délibéremment les vaches. On avait effectivement vu à plusieurs reprises que les portes avaient été ouvertes.
Mais les chefs expliquaient que cela n'était pas possible que les choses se passent comme cela.
Puis, le conseiller du délégué (un représentant du maire dans le village) m'a demandé de donner mon avis ce que j'ai fait en monkolé. J'ai expliqué qu'il y avait des incursions, que les portes avaient été ouvertes et que si on avait mis une clôture c'était pour éviter ces problèmes.
Il m'a ensuite demander ce que je voulais (question piège!). Il a été suggéré que les chefs peuhls me demandent pardon pour les problèmes et qu'une fois cette demande acceptée les problèmes cesseraient.
La demande de pardon a été faite et j'ai accepté. Ensuite on a libéré les vaches et on s'est salué. Depuis, on n'a eu aucun problème.
Quelques leçons que je retiens de cet épisode:
Il y a quelques jours, en fin d'après-midi deux vaches étaient dans la propriété. Dans un premier temps j'ai essayé de faire comprendre au berger qu'ils devaient les chercher; il n'a pas voulu. Ensuite j'ai essayé de chasser les deux vaches mais elles étaient un peu belliqueuses. J'avais alors fait le choix de les laisser finir leur repas (l'herbe ne manque pas) pensant qu'elles partiraient ensuite.
Cependant un de nos traducteurs est arrivé et s'est lancé dans une longue discussion avec le berger. Apparemment cette discussion n'a pas été plus fructueuse que mes tentatives. Il a alors décidé d'attacher les deux vaches à des arbres et de fermer la porte d'entrée. Du coup, les vaches étaient prises en otage chez nous.
La réaction du berger était alors rapide et prévisible; il a décidé de faire venir des gens de sa parenté.
Dans les minutes qui ont suivi on m'a alors prévenu qu'il y allait avoir une réunion pour régler cette affaire. J'ai participé à une médiation.
J'ai vite compris que plusieurs de nos amis, exaspérés par les incursions (et peut-être sentant que je ne savais pas quoi faire) avaient décidé de prendre le taureau par les cornes (c'est le cas de dire!). Ils voulaient que ces problèmes soient définitivement réglés.
Les débuts de la médiation étaient un peu difficiles. Nos amis monkolés expliquaient aux chefs peuhls le problème à savoir que des bergers (ce sont souvent des jeunes) faisaient entrer délibéremment les vaches. On avait effectivement vu à plusieurs reprises que les portes avaient été ouvertes.
Mais les chefs expliquaient que cela n'était pas possible que les choses se passent comme cela.
Puis, le conseiller du délégué (un représentant du maire dans le village) m'a demandé de donner mon avis ce que j'ai fait en monkolé. J'ai expliqué qu'il y avait des incursions, que les portes avaient été ouvertes et que si on avait mis une clôture c'était pour éviter ces problèmes.
Il m'a ensuite demander ce que je voulais (question piège!). Il a été suggéré que les chefs peuhls me demandent pardon pour les problèmes et qu'une fois cette demande acceptée les problèmes cesseraient.
La demande de pardon a été faite et j'ai accepté. Ensuite on a libéré les vaches et on s'est salué. Depuis, on n'a eu aucun problème.
Quelques leçons que je retiens de cet épisode:
- D'abord j'ai été touché du soin que nos amis prennent de nous et du fait qu'ils avaient bien analysé la situation (incursions délibérées, difficulté de savoir quoi faire etc.). Et même si la prise d'otage des vaches étaient une idée surprenante, c'était pour eux une façon de nous aider.
- Ensuite, le médiateur a été très bon: calme, écoutant les parties, essayant de résoudre le différent.
- Chaque partie faisait preuve de bonne volonté et tous voulaient que les choses puissent se régler localement et sans faire intervenir d'autres autorités.
- Enfin, ça me tente d'apprendre la langue peuhle! Même si toute la médiation s'est faite en monkolé, j'aurais bien voulu comprendre encore plus de choses dans les délibérations.
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